La Presse Canadienne

Le Nobel de chimie décerné à un Japonais et deux Américains

mercredi 8 oct, 11 h 55

Par Karl Ritter Et Matt Moore, The Associated Press

STOCKHOLM - Le prix Nobel de chimie a été attribué mercredi au Japonais Osamu Shimomura et aux Américains Martin Chalfie et Roger Tsien pour leurs travaux sur des protéines fluorescentes qui ont révolutionné la capacité à étudier des maladies et le développement normal de cellules dans des organismes vivants.

Les trois scientifiques sont récompensés "pour la découverte et le développement de la protéine verte fluorescente (GFP)", trouvée pour la première fois dans une méduse, souligne l'Académie royale des sciences de Suède, qui attribue le prix, dans un communiqué.

La GFP est largement utilisée dans le monde pour suivre des processus comme le développement des cellules cérébrales, la croissance des tumeurs ou la propagation des cellules cancéreuses. Elle a par exemple permis d'étudier les lésions causées par la maladie d'Alzheimer sur les cellules nerveuses et de voir comment des cellules bêta pancréatiques, qui produisent l'insuline, apparaissent dans un embryon en développement.

L'Académie compare l'impact scientifique de la protéine fluorescente à celui de l'invention du microscope. Au cours de la dernière décennie, explique-t-elle, elle a été "une boussole pour les biochimistes, les biologistes, les scientifiques médicaux et d'autres chercheurs". Exposée à une lumière ultraviolette, la protéine émet un éclat vert. Elle peut ainsi servir de marqueur pour l'étude d'autres protéines, de cellules et de gènes.

Roger Tsien a développé des protéines similaires à la GFP émettant diverses couleurs pour que de multiples protéines et cellules puissent être suivies simultanément. "Lors d'une expérience spectaculaire, les chercheurs ont réussi à marquer différentes cellules nerveuses dans le cerveau d'une souris avec un kaléidoscope de couleurs", souligne l'Académie.

Osamu Shimomura et un collègue ont découvert la GFP dans des échantillons provenant de quelque 10.000 méduses collectées au large de l'Etat de Washington (nord-ouest des Etats-Unis). Ils ont rapporté en 1962 qu'elle brillait sous la lumière ultraviolette. Une trentaine d'années plus tard, Martin Chalfie a montré que le gène de la GFP pouvait faire briller des cellules nerveuses chez un minuscule ver.

"Cette technologie a littéralement transformé la recherche médicale", souligne le Dr John Frangioni, de l'école de médecine de Harvard. "Pour la première fois, les scientifiques ont pu étudier des gènes et des protéines dans des cellules vivantes et chez des animaux vivants."

Joint par téléphone à son domicile, M. Tsien, 56 ans, professeur à l'université de Californie à San Diego, s'est dit surpris de recevoir le prix. "Il y avait eu des rumeurs, mais venant de sources dont la fiabilité était sujette à caution", a-t-il expliqué.

M. Shimomura, 80 ans, travaille au Laboratoire biologique marin à Woods Hole (Massachusetts) et à l'école de médecine de l'université de Boston, et M. Chalfie, 61 ans, est professeur à l'université de Columbia à New York. Les trois lauréats se partageront un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1 million d'euros) et recevront leur prix au cours d'une cérémonie organisée le 10 décembre à Stockholm.

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