La Presse Canadienne

Le milieu culturel se réjouit de la volte-face de Harper sur le projet de loi C-10

mardi 7 oct, 20 h 43

Par Marie Vastel, La Presse Canadienne

MONTREAL - Le milieu culturel a accueilli favorablement la volte-face de Stephen Harper dévoilée dans son programme électoral, mardi, dans lequel le premier ministre sortant s'engage, s'il est réélu, à laisser tomber des articles controversés d'un projet de loi qui auraient permis au gouvernement de retirer le financement à certaines productions de télévision ou de cinéma.

En vertu du projet de loi C-10, le gouvernement aurait pu refuser des crédits d'impôt aux productions cinématographiques jugées "contraires à l'ordre public".

Depuis le printemps dernier, les partis d'opposition et le milieu culturel dénonçaient le projet de loi, qu'ils estimaient être une façon d'imposer une "censure".

Plusieurs représentants du milieu artistique s'étaient déplacés à Ottawa pour faire état de leur opposition en comité sénatorial, tout comme les maires de Montréal, Gérald Tremblay, et de Toronto, David Miller.

Parmi les détracteurs qui s'étaient présentés au Parlement, le président de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, Jean-Pierre Lefebvre, s'est réjoui mardi de l'annonce de M.

Harper, mais il a toutefois indiqué qu'il s'expliquait mal le moment choisi pour faire volte-face, "depuis le temps que le projet de loi est décrié".

"Nous avons été au Sénat faire des représentations qui allaient toutes dans le même sens: c'était un article inutile, superflu, relevant d'un Etat totalitaire.

Je comprends mal comment se fait-il que l'on en parle actuellement, mais cela n'apaisera absolument pas le milieu culturel qui a subi toutes ces coupures, sans consultation et sans raison non plus", a indiqué M.

Lefebvre.

Pour sa part, le commissaire du Bureau du cinéma et de la télévision de la ville de Montréal, Daniel Bissonnette, s'est également dit favorable à l'annonce, puisque le projet de loi aurait pu avoir des répercussions négatives sur une industrie qui englobe 500 entreprises et qui emploie 35 000 personnes au Québec, dont 90 pour cent travaillent dans la région de Montréal.

"Si le gouvernement, ou ceux qui pourraient former le prochain gouvernement, nous disent qu'ils ne reviendront pas avec de telles dispositions, c'est clair qu'on voit ça de façon très favorable", a affirmé le commissaire, qui s'était présenté au Sénat accompagné des maires de Montréal et de Toronto.

Avec en poche une lettre du maire de Vancouver, ils avaient fait valoir "que le projet de loi adopté tel quel aurait des répercussions potentiellement très négatives sur notre industrie".

Lors de leur témoignage devant le comité sénatorial, le maire de Montréal et M.

Bissonnette avaient également souligné que l'ensemble des productions audiovisuelles engendrent des retombées de plus d'un milliard de dollars annuellement.

Au moment même où l'appui au Parti conservateur est en chute libre dans les sondages, notamment au Québec, Stephen Harper semble avoir tenté, grâce à cette disposition de sa plateforme électorale, d'amadouer la province et ses artistes .

A en croire M.

Lefebvre, la promesse électorale ne suffira toutefois pas à freiner le mécontentement des artistes québécois, qui appellent depuis quelques semaines la population à bloquer l'élection d'un gouvernement conservateur par des publicités et des vidéos diffusées sur Internet.

Du côté du Canada-anglais, les artisans se sont eux aussi dit agréablement surpris par l'annonce de Stephen Harper.

Parmi les principaux intéressés du sort du projet de loi C-10, le producteur du film "Young People F**king", Steve Hoban, a affirmé qu'il s'agissait d'une "bonne nouvelle" et d'une sage décision économique, compte tenu des difficultés qui secouent actuellement les marchés boursiers mondiaux.

Le film "Young People F**king", qui présente les vies sexuelles de jeunes célibataires, s'était retrouvé au centre de la controverse, puisqu'il aurait été parmi les premiers pénalisés, de par son titre, si le projet de loi avait été adopté.

A l'instar de ses collègues québécois, M.

Hoban a indiqué que l'adoption de la loi aurait en bout de ligne tué l'industrie cinématographique nationale alors que cette même industrie est en pleine croissance et qu'elle génère des milliards de dollars en retombées économiques.

Le changement de cap promis par les conservateurs ne fait cependant pas l'affaire du leader évangélique Charles McVety, qui disait avoir fait pression auprès du gouvernement Harper pour que le critère de "l'ordre public" soit ajouté.

A son avis, M.

Harper cède devant les résultats des sondages.

"Malheureusement, il plie devant les critiques et abandonne, du coup, sa base conservatrice", a indiqué M.

McVety.

RECOMMANDEZ CET ARTICLE

Notez-la ou Votez:

Moyenne (Not Rated)

0.0 Étoiles