lundi 6 oct, 15 h 52
The Associated Press
PARIS - L'un fut le champion en France du box-office 2004 avec "Les Choristes" (8,6 millions d'entrées), l'autre a battu tous les records cette année dans "Bienvenue chez les Ch'tis" (20,4 millions): le réalisateur français Christophe Barratier et l'acteur Kad Merad sont réunis dans "Faubourg 36", qui sort vendredi sur les écrans québécois.
Kad Merad n'est qu'un des nombreux acteurs du film, aux côtés de Gérard Jugnot, Clovis Cornillac, Pierre Richard ou Bernard-Pierre Donnadieu, entre autres. Un film dans lequel le réalisateur a voulu mêler les genres: film noir, comédie, comédie dramatique, comédie musicale.
Comme dans "Les Choristes", la musique et le chant ont une grande importance, puisqu'il s'agit de l'histoire d'une troupe de music-hall qui prend son destin en mains.
On est le 31 décembre 1935 et le propriétaire du "Chansonia", un théâtre des faubourgs parisiens, se suicide, criblé de dettes et lassé d'être harcelé et menacé par son créancier Galapiat (Bernard-Pierre Donnadieu). Quatre mois plus tard, le théâtre ferme et les lieux sont rachetés par Galapiat.
Pour Pigoil le machiniste (Gérard Jugnot), Milou l'éclairagiste (Clovis Cornillac) et Jacky l'homme-sandwich (Kad Merad), c'est la catastrophe. Mais l'élection, en mai 1936, du gouvernement de Front populaire va changer la donne. Grèves et occupations d'usines se succèdent, mais dans une atmosphère où naissent les espérances les plus folles. C'est aussi le cas pour les anciens employés du "Chansonia", qui décident d'occuper le théâtre et de le relancer.
Galapiat, qui ne pense qu'à ses sous et complote avec des politiciens de droite, donne son accord. Pigoil, Milou et Jacky expérimentent l'autogestion à trois, font passer des auditions et organisent le nouveau spectacle: magiciens, chansonniers, acrobates, imitateurs (Jacky lui-même se lance) et chanteurs. Une chanteuse, surtout: la jeune Douce (Nora Arnezeder), une provinciale qui rêve de réussir à Paris et qui possède à la fois un physique avantageux et un joli filet de voix.
Elle est engagée sur le champ, et devient bientôt le clou du spectacle. Les spectateurs n'ont d'yeux que pour elle. Et Milou aussi. Et Galapiat aussi, malheureusement...
L'histoire comporte des rebondissements rythmés par les chansons et les scènes de comédie musicale, où toute la troupe donne le meilleur d'elle-même. Il y a du suspense, de l'amour, de l'émotion avec une histoire père-fils, sur fond historique entre avènement du Front populaire et guerre qui menace.
Le tout est un peu caricatural et regorge de bons sentiments: les gentils ont des têtes de gentils et sont du côté de "ces chômeurs qui font un spectacle de leur vie", les méchants sont riches et puissants, et ont des têtes de très méchants avant même d'ouvrir la bouche (et quand ils l'ouvrent, ils amplifient le trait). Mais Christophe Barratier, qui dit avoir en lui "une part irréductible d'angélisme", assume ses choix: "J'aime la notion de solidarité entre les individus, d'attention envers les autres, ces notions dites 'de gauche' qui me paraissent plus exaltantes en tout cas que la réussite égoïste".
Hommage au cinéma des années 30 revendiqué par le réalisateur, celui de Marcel Carné, Julien Duvivier, René Clair, Jacques Prévert ou Jean Grémillon, "Faubourg 36" est aussi un numéro d'acteurs au pluriel, les personnages principaux ayant une égale importance. Tous sont un peu trop calibrés, sans vraiment surprendre, mais la révélation du film est la jeune Nora Arnezeder, 19 ans, rayonnante en chanteuse ingénue, que Christophe Barratier n'hésite pas à comparer déjà à Michelle Morgan ou Grace Kelly. Le compliment est flatteur mais, sur l'écran, en grande partie justifié.
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