La Presse Canadienne

L'arrestation de Karadzic, un nouveau succès pour la justice internationale

mercredi 23 jui, 11 h 33

Par Arthur Max

AMSTERDAM - L'arrestation de Radovan Karadzic illustre les lents progrès de la justice internationale, qui malgré d'évidentes lacunes s'affirme peu à peu, comme le montre également le procès en cours de l'ex-président du Liberia Charles Taylor ou encore la récente demande d'inculpation du président du Soudan Omar el-Béchir.

Lorsque le Tribunal pénal international des Nations unies pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) -première juridiction moderne chargée de juger les crimes de guerre-a été créé en 1993, des stratèges de la diplomatie américaine pensaient qu'aucun haut responsable ne serait jamais arrêté, confie une ancien du département d'Etat.

Mais depuis 15 ans, la justice internationale a enregistré d'indéniables succès. L'arrestation lundi de Karadzic, considéré comme l'un des principaux artisans du "nettoyage ethnique" qui a fait 260.000 morts et 1,8 million de déplacés durant la guerre de Bosnie (1992-95), illustre ces progrès.

L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie est inculpé depuis 1995 de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour avoir conduit, avec son comparse le général Ratko Mladic, le siège de Sarajevo, l'épuration ethnique des musulmans et croates et le massacre de Srebrenica.

Depuis la naissance du TPIY, plusieurs tribunaux ont fait leur apparition dans le but de juger les crimes de guerre, notamment en ex-Yougoslavie et lors du génocide au Rwanda, permettant au passage d'affiner le droit international. Les chefs d'Etat ne sont plus à l'abri et les amnisties générales ne sont plus acceptées de manière inconditionnelle.

Enrôler des enfants est interdit, le viol est défini comme une arme de guerre, et infliger des mauvais traitements aux femmes ou les contraindre au mariage sont des actes punissables, tout comme les pillages. "La pierre angulaire pour 100 ans de jurisprudence a été posée", estime David Crane, professeur de droit à l'université de Syracuse, également l'ancien procureur de l'ONU qui a inculpé Charles Taylor.

Michael Scharf travaillait au département d'Etat, siège de la diplomatie américaine, lorsque le Conseil de sécurité de l'ONU a créé le TPIY. Il raconte que la plupart de ses collègues pensaient que la juridiction serait symbolique et ne poursuivrait que des "seconds couteaux" et simples exécutants.

"Les gens commencent vraiment à penser que ces tribunaux ont un effet dissuasif efficace, mais cela ne fait que commencer", dit-il. "Nous atteignons juste une masse critique de cas importants comme celui-ci", précise-t-il en référence à l'arrestation de Karadzic.

Reste que de graves violations des droits de l'homme continuent au Darfour, en Irak et au Congo-Kinshasa, et qu'une dizaine d'autres conflits sont également recensés dans le monde, du Sri Lanka au Cachemire indien en passant par la Colombie et le Proche-Orient.

MM. Scharf et Crane estiment toutefois que le risque de poursuites en justice a joué en faveur d'un règlement politique au Kenya en début d'année, après les violences qui avaient secoué le pays suite à l'élection présidentielle du 27 décembre dernier. Ce facteur aurait aussi, selon eux, incité le président zimbabwéen Robert Mugabe à promettre d'enrayer une campagne de violences contre l'opposition.

Les tribunaux internationaux n'en sont qu'à leurs balbutiements, et des lacunes sont déjà apparues dans leur fonctionnement. Mais leur principale faiblesse est ailleurs: ce sont des "créatures" de la politique. "Tout revient à la politique", souligne M. Crane. "Les aspects juridiques peuvent être relativement clairs, mais livrer des hauts responsables ou un chef d'Etat est une décision purement politique."

Le fait que Karadzic, et son comparse Mladic toujours en cavale, ait pu échapper à une arrestation pendant 13 ans, est perçu par les observateurs comme le résultat d'un manque de volonté politique à Belgrade. Une situation qui a toutefois changé depuis l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement pro-occidental en Serbie.

Reste que la justice internationale peut se targuer de résultats encore difficilement imaginables il y a 15 ans. L'ex-président du Liberia Charles Taylor est ainsi actuellement jugé devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL). L'ancien vice-président du Congo-Kinshasa Jean-Pierre Bemba, accusé de crimes commis en Centrafrique, a été arrêté et a comparu une première fois le 4 juillet devant la Cour pénale internationale (CPI).

Le procureur de la même CPI a demandé l'inculpation pour génocide au Darfour du président soudanais Omar el-Béchir. D'anciens responsables khmers rouges sont en détention en attendant l'ouverture de leur procès au Cambodge. Quant à l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, accusé de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, il est mort en prison en 2006 alors qu'il était jugé par le TPIY.

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