La Presse Canadienne

Obama plonge prudemment dans l'Orient compliqué

mercredi 23 jui, 15 h 14

Par Laurie Copans, Associated Press

JERUSALEM - Barack Obama s'est livré à un exercice d'équilibriste au Proche-Orient mercredi en réaffirmant la force des liens israélo-américains, tout en assurant les Palestiniens de son soutien à la création d'un Etat indépendant. Le candidat démocrate à la Maison Blanche se pose en partenaire de paix des deux camps.

La tâche était délicate, surtout pour un homme politique de 46 ans, peu aguerri aux affaires étrangères, et dont les déclarations de campagne ont soulevé des inquiétudes des deux côtés. Au lendemain de l'attaque de civils par un Palestinien à Jérusalem, la tension était en outre très forte dans la région.

Les Israéliens craignent qu'en cas d'élection Barack Obama ne les force au compromis avec les Palestiniens, et s'inquiètent des racines musulmanes de sa famille, même si le sénateur de l'Illinois est chrétien pratiquant. D'autres Israéliens voudraient pour leur part que Washington oblige l'Etat hébreu à respecter ses engagements à cesser toute construction et démanteler les avant-postes de colonies juives.

Quant aux Palestiniens, ils n'ont pas apprécié les propos du candidat sur le caractère indivisible de Jérusalem, où ils veulent installer leur capitale.

Aux premiers, le candidat a répondu mercredi qu'il était venu "réaffirmer la relation spéciale entre Israël et les Etats-Unis" et son "attachement indéfectible à la sécurité d'Israël".

Il a multiplié les symboles, portant la kippa, déposant des fleurs au mémorial aux victimes du génocide nazi de la Deuxième Guerre mondiale, Yad Vashem, et en rendant visite à une famille de Sderot. Cette petite ville du sud de l'Etat hébreu était régulièrement frappée par des roquettes palestiniennes tirées depuis la Bande de Gaza, jusqu'à la trêve du 18 juin. Se tenant devant des centaines de roquettes usagées, Barack Obama a déclaré que "cette terreur est intolérable". "L'Amérique doit toujours défendre le droit d'Israël à se défendre contre ceux qui menacent son peuple", a-t-il poursuivi, plaidant pour la négociation avec les Palestiniens modérés mais jugeant "difficile" de parler avec le Hamas.

Plus tôt dans la journée, à Jérusalem, Obama a rencontré de nombreux responsables israéliens, faisant forte impression sur Shimon Pérès par sa connaissance du dossier régional, selon un conseiller du président ayant requis l'anonymat. "Il a dit qu'il venait pour écouter et apprendre." Le candidat a aussi discuté avec le ministre de la Défense Ehoud Barak et le chef de l'opposition parlementaire de droite, Benyamin Nétanyahou. Il a rencontré le Premier ministre Ehoud Olmert dans la soirée.

Au cours de ces échanges, Barack Obama a notamment évoqué le programme nucléaire de l'Iran, ennemi juré d'Israël. De nombreux Israéliens s'étant émus de sa récente prise de position en faveur du dialogue avec Téhéran, il a expliqué devant les journalistes qu'il fallait empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

Le candidat démocrate a également fait étape au siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie, pour rencontrer le président Mahmoud Abbas. Selon un haut responsable palestinien, Saed Erekat, M. Obama a assuré qu'"il serait un partenaire constructif dans le processus de paix" et "ne perdrait pas une minute" s'il était élu à la Maison Blanche en novembre. Il avait toutefois prévenu mardi, lors d'une étape en Jordanie, qu'il serait "peu réaliste de s'attendre à ce qu'il suffise d'un claquement de doigts d'un président américain pour que la région trouve la paix".

La visite de Barack Obama intervient dans un contexte politique mouvementé pour les dirigeants israélien et palestinien. Ehoud Olmert se débat contre des accusations de corruption qui pourraient le faire tomber, et les Palestiniens sont très divisés, Mahmoud Abbas ne contrôlant plus que la Cisjordanie depuis la chute de la Bande de Gaza aux mains des islamistes du Hamas en juin 2007.

En se rendant au Proche-Orient, Barack Obama veut rassurer les électeurs américains juifs qui auraient voté pour sa rivale démocrate, Hillary Clinton, mais il se démarque aussi de son adversaire républicain John McCain, qui s'était cantonné à Israël lors de sa venue en mars. Le candidat démocrate devait achever sa visite par le Mur des Lamentations avant d'embarquer pour la partie européenne de sa tournée étrangère, qui l'amène en Allemagne jeudi et en France vendredi.

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