La Presse Canadienne

La santé au coeur de la présidentielle américaine

jeudi 22 mai, 13 h 38

Par Lauran Neergaard , The Associated Press

WASHINGTON - Alors que John McCain, assuré d'être le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, rend public son bilan de santé vendredi, la transparence dans ce domaine est au coeur de nombreux débats.

Pas plus tard que la semaine dernière, lors d'une réunion du Collège américain des médecins, des professionnels de haut niveau ont suggéré que le rituel du bilan soit remplacé par un examen médical comparable à celui auquel se soumettent les pilotes de ligne. Ils souhaitent par ailleurs que cet examen soit pratiqué par des médecins indépendants et non plus par le médecin attitré du président.

Une bonne raison explique cette requête: être le médecin du président constitue en soi un conflit d'intérêt, reconnaît le Dr Connie Mariano, qui fut le médecin personnel de Bill Clinton à la Maison Blanche.

"Si vous permettez à votre patient de travailler, vous conservez votre emploi", souligne-t-elle. "Mais que se passe-t-il quand votre patient ne peut plus travailler?"

Ce cas d'incapacité porte un nom: "le syndrome du roi captif", explique le neurologue canadien Jock Murray, historien de la médecine. Les conseillers nient alors le problème et dirigent eux-mêmes le pays. Il cite en exemple l'accident vasculaire cérébral de Woodrow Wilson, qui avait contraint sa femme et quelques proches à exercer le pouvoir.

Le "syndrome du VIP" est peut-être plus fréquent aujourd'hui. Les "grands de ce monde" arrivent avec une escorte de conseillers chargés de s'arranger avec les médecins, et croyant tout savoir, ils négligent les conseils que les professionnels pourraient leur donner, note Connie Mariano. Comme ce sont des patients "très intimidants", ajoute-t-elle en ne plaisantant qu'à moitié, "les médecins peuvent se sentir gênés à l'idée de pratiquer des examens comme un toucher rectal ou tout autre test embarrassant, pourtant riche d'enseignement".

Parmi les grands patients désobéissants, Bill Clinton reste dans toutes les mémoires. Ce président, qui passait pour être l'un des mieux portants de l'histoire récente, a pourtant dû être opéré à coeur ouvert après avoir arrêté son traitement anticholestérol sans avis médical.

Aux Etats-Unis, le 25e amendement de la Constitution, suscité par l'assassinat de John F. Kennedy et ratifié en 1967, précise clairement ce qui doit être fait à la mort d'un président ou si ce dernier se révèle incapable d'accomplir sa fonction. Le texte prévoit une équipe de remplacement, d'où l'attention portée à la santé du vice-président.

Mais le 25e amendement ne se limite pas aux cas extrêmes. Il s'applique aussi dans le cas de maladies passagères. Jusqu'à très récemment, il n'avait été mis en oeuvre qu'une seule fois, lorsque le président Ronald Reagan avait été opéré du côlon et que le pouvoir s'était retrouvé un court instant entre les mains de son vice-président. Etrangement, il ne l'avait pas été lorsque le même président Reagan avait été blessé par balles en 1981.

A la fin des années 90, un groupe de travail avait recommandé de faire de cette passation de pouvoirs provisoire une routine. le Dr Murray avait d'ailleurs prié le président George W. Bush de s'y plier à deux reprises, lors de ses deux interventions sur le côlon. Inversement, ses médecins n'avaient révélé son traitement pour la maladie de Lyme qu'un an après qu'il en eut souffert.

Au-delà de cette pseudo transparence, ce qui préoccupe le plus les médecins, ce sont les signes difficiles à repérer, notamment les troubles des fonctions cognitives. En tête, la maladie d'Alzheimer, les affections psychiatriques et les troubles cognitifs liés à des maladies cardiaques. Comment les médecins de la Maison Blanche peuvent-ils trouver un équilibre entre le droit au respect de la vie privée (1er amendement de la Constitution) et leurs responsabilités face au pays?

"Le président est un citoyen comme les autres et qui, en conséquence, a le droit à une vie privée", fait valoir le Dr Murray. "Il n'a aucun intérêt à ce que vous connaissiez les défauts de son armure."

La maladie a changé le cours de l'histoire. Joseph Staline a remplacé Lénine victime d'un AVC. Les historiens débattent de l'influence de l'alcoolisme de Winston Churchill et de son addiction aux tranquillisants pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans une enquête sur la santé des dirigeants de la planète, le Dr Leslie Pyenson, ancien chef de la section médicale et psychologique de la CIA, avait observé que, chaque année, six d'entre eux en moyenne étaient victimes d'une tentative d'assassinat, dont un avec succès, deux d'une attaque cardiaque et deux d'un cancer.

S'agissant des présidents, on peut difficilement imaginer qu'ils subissent aujourd'hui subir une opération de la mâchoire sur un bateau et que le secret soit gardé, comme l'avait fait Grover Cleveland. Mais les médecins avaient néanmoins réussi à masquer l'étendue de la maladie de Franklin Roosevelt, alors que sa tension artérielle était montée à 26/15.

Quand les candidats publient un bilan médical, "ils vont vous présenter une partie de leur histoire", résume le Dr Mariano. Pas forcément la totalité.

RECOMMANDEZ CET ARTICLE

Notez-la ou Votez:

Moyenne (Not Rated)

0.0 Étoiles