AFP

L'ancien commandant musulman de Srebrenica Naser Oric acquitté en appel au TPI

jeudi 3 jui, 13 h 49

LA HAYE (AFP) - L'ancien commandant de l'armée bosniaque Naser Oric, l'un des rares Musulmans de Bosnie à être jugés par le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie, "héros" de Srebrenica pour sa communauté, a été acquitté définitivement jeudi en appel.

"La chambre d'appel annule le jugement (de la chambre de première instance) et déclare l'accusé non coupable", a déclaré le président Wolfgang Schomburg.

En juin 2006, en première instance, Naser Oric, 41 ans, avait été reconnu coupable de crimes de guerre pour n'avoir pas tenté de prévenir des mauvais traitements et meurtres commis contre la population serbe, alors qu'il avait eu connaissance de meurtres antérieurs.

Pour nombre de Bosniaques musulmans, il incarne la résistance à la persécution serbe, et des poèmes populaires sont encore chantés à sa gloire.

En première instance, il avait été jugé coupable pour des exactions commises en 1992 et 1993 par des hommes sous ses ordres contre des Serbes, en pleine guerre de Bosnie (1992-1995), et condamné à deux ans de prison.

Il avait cependant été remis en liberté immédiatement, après plus de trois ans en détention préventive.

Les juges avaient reconnu d'importantes circonstances atténuantes à ce commandant inexpérimenté, désigné à ce poste à 25 ans, en pleine tourmente, et avaient insisté sur les conditions de vie difficiles des milliers de Musulmans réfugiés à Srebrenica après le début de l'offensive serbe en 1992.

Des associations de victimes et d'anciens combattants serbes bosniaques ont crié jeudi leur déception, accusant le TPI de "partialité".

"Honte aux juges du tribunal de la Haye qui ont prononcé ce verdict", s'est exclamé Pantelija Curguz, président d'une association d'anciens combattants serbes bosniaques.

"Par cette approche (du TPI), on ne pourra pas aboutir à la réconciliation et à une vie commune en Bosnie", a affirmé Rajko Vasic, un haut responsable du SNSD, parti au pouvoir dans l'entité serbe de Bosnie.

Pour les survivants au génocide, c'est au contraire "une bonne chose et une petite part de justice", a estimé Munira Subasic, présidente d'une association de femmes musulmanes de Srebrenica.

La Serbie s'est indignée, estimant que l'acquittement de M. Oric "représente un nouveau coup très sérieux à la justice internationale", selon le Conseil national serbe pour la coopération avec le TPI.

Le TPI accuse la Serbie de manque de coopération avec le TPI, qui réclame encore trois accusés, dont l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, et son mentor politique Radovan Karadzic.

M. Oric avait plaidé non coupable et fait appel du jugement de la chambre de première instance, tout comme le procureur, qui avait requis 18 ans de prison.

En entendant la décision de la chambre, M. Oric a souri. A la sortie de la salle d'audience, il s'est dit "très heureux, bien sûr".

"Nous nous y attendions, comme tous ceux qui ont suivi le procès", a-t-il poursuivi, défendant les actes de ses hommes.

"Nous étions totalement assiégés. Nous nous battions pour survivre, pour rester en vie. C'est incomparable avec d'autres événements, car nous vivions dans des circonstances spéciales", a-t-il expliqué.

Selon les juges de la chambre d'appel, le procureur n'est pas parvenu à déterminer la culpabilité de son seul adjoint identifié, Atif Krdzic, ou à prouver que M. Oric était au courant des crimes commis.

Or, selon les juges, ces deux éléments sont essentiels pour condamner un supérieur pour les actes de ses subordonnés.

Selon la chambre d'appel, il n'y a cependant pas de doutes que des crimes graves ont été commis contre des Serbes détenus à Srebrenica, mais "la preuve que ces crimes ont été commis ne suffit pas pour condamner une personne pour ces crimes", ont estimé les juges.

En juillet, Srebrenica fut le théâtre d'un génocide qui coûta la vie à quelque 8.000 hommes et garçons musulmans, massacrés par les troupes serbes.

En 1992, la ville avait été submergée par des milliers de réfugiés musulmans fuyant l'offensive serbe. La ville avait été coupée du monde et l'approvisionnement en nourriture et médicaments avait été réduit au minimum.

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