Radio-Canada

Liban : L'accalmie

mardi 13 mai, 11 h 33

Après une semaine de combats opposant le Hezbollah et ses alliés aux forces progouvernementales, le Liban connaît une accalmie, mardi, après qu'un cessez-le-feu officieux supervisé par l'armée fut entré en vigueur à 6 h, heure locale.

Après avoir annoncé lundi qu'elle « fera cesser les violations [...] dans le respect de la loi, même si cela implique le recours à la force », l'armée s'est déployée dans plusieurs villes où ont eu lieu des affrontements, notamment à Beyrouth, à Aley et à Tripoli.

À ce dernier endroit, des combats au fusil, au lance-grenades et au mortier ont opposé pendant la nuit des militants sunnites progouvernementaux et des alaouites associés au Hezbollah. Les combats ont toutefois cessé selon l'armée, seule institution toujours considérée comme neutre au Liban.

« À 9 h, nous n'avions eu connaissance d'aucun incident dans les zones où l'armée s'est déployée », a déclaré à l'AFP un porte-parole militaire. Selon un bilan officiel, les combats des derniers jours, les pires depuis la fin de la guerre civile, ont fait environ 60 morts et 200 blessés.

Selon le quotidien libanais An-Nahar, l'intervention de l'armée a été décidée après que les différentes parties se furent engagées à éviter tout débordement en attendant les résultats d'une médiation de la Ligue arabe. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, doit arriver mercredi à l'aéroport international de Beyrouth.

Le Hezbollah, dont les partisans bloquent toujours la route menant à l'aéroport, a fait savoir lundi qu'elle accueille favorablement cette mission, pourvu qu'elle fasse preuve d'impartialité dans la crise. Le Liban est profondément divisé entre le gouvernement, dont sont membres les sunnites, et le Hezbollah chiite. Les chrétiens et les Druzes se répartissent dans les deux camps.

Depuis le début de la crise, l'armée est demeurée sur la ligne de touche, se contentant de prendre position dans les zones que le Hezbollah a délaissées après en avoir pris le contrôle. Cette politique vise à préserver l'unité de l'institution, dont le chef, Michel Sleimane, est le candidat de consensus au poste de président.

Bush appuie Siniora

Le président américain George W. Bush, qui part mardi pour le Moyen-Orient, a averti l'Iran et la Syrie, alliés traditionnels du Hezbollah, que la communauté internationale ne permettrait pas que le Liban retombe sous domination étrangère.

« Je conseillerais au monde de soutenir Siniora », a déclaré le président américain « Nous croyons en la nécessité d'avoir une force moderne derrière lui, capable de répliquer », a-t-il poursuivi. M. Bush doit rencontrer Fouad Siniora dimanche prochain en Égypte.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal, a également lancé un avertissement à Téhéran lors d'une conférence de presse tenue mardi. « Les relations de l'Iran avec tous les pays arabes - sinon tous les pays musulmans - seront affectées si l'Iran soutenait le coup qui a eu lieu au Liban », a-t-il déclaré.

Interrogé à ce sujet, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a suggéré que le prince Fayçal avait pu tenir ces propos sous le coup de la colère et que les deux pays auraient des discussions ultérieurement. « Nous ne savons pas si son approche correspond à celle du roi Abdallah. Nous ne répondrons pas par respect pour le roi Abdallah », rapporte AFP.

Rappel des événements

Les affrontements entre forces pro-gouvernementales et l'opposition ont commencé après que le gouvernement de Fouad Siniora eut annoncé, la semaine dernière, le démantèlement du réseau de télécommunications indépendant mis en place par le Hezbollah et le limogeage du responsable de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, le général Wafic Choukair, réputé proche du Hezbollah.

Cette décision a été qualifiée de « déclaration de guerre » par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Après qu'elle eut pris le contrôle de Beyrouth, l'armée a finalement annoncé qu'elle prenait en charge l'examen du réseau de télécommunications et que le général Wafic Choukair allait conserver son poste.

Le Liban est plongé dans une crise politique aiguë qui remonte à l'assassinat, le 14 février 2005, de l'ex-premier ministre Rafic Hariri. Les sunnites, le chef druze Walid Joumblatt et des personnalités chrétiennes ont attribué son décès à la Syrie, qui dément toute implication.

Le mouvement populaire qui a suivi cette attaque a entraîné le départ des troupes syriennes, après 29 ans de présence. Cette nouvelle donne a cristallisé une ligne de fracture entre camps anti et prosyriens.

Depuis l'automne dernier, la crise politique s'est accentuée, les députés ne parvenant à s'entendre sur un successeur au président Lahoud. L'élection du chef d'État a d'ailleurs été reportée pour une 19e fois lundi.

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