Radio-Canada

Arrestation d'Abdullah Khadr : Une note embarrassante pour Ottawa

mardi 13 mai, 16 h 32

Les services de renseignements américains ont offert une récompense de 500 000 $ au gouvernement pakistanais pour qu'il capture d'Abdullah Khadr, un citoyen canadien soupçonné d'avoir eu des liens étroits avec le réseau Al-Qaïda.

Telle est la teneur d'une note envoyée en octobre 2004 à l'ancien chef de la Gendarmerie royale du Canada, Giuliano Zaccardelli, et dont le juge Richard Mosley de la Cour fédérale a autorisé la publication, lundi.

Cette note sera utilisée par les avocats d'Abdullah Khadr dans le cadre des procédures d'extraditions entreprises contre lui par Washington. Le gouvernement américain accuse l'homme de 28 ans d'avoir acheté des armes au profit d'Al-Qaïda et d'avoir comploté dans le but de tuer des soldats américains en Afghanistan.

Abdullah Khadr est détenu à Toronto depuis décembre 2005, après que le Pakistan l'eut remis aux autorités canadiennes. Il sera de retour devant le tribunal, mardi, à Toronto. Le juge doit fixer une nouvelle date pour la poursuite de ces procédures. Abdullah Khadr est le frère d'Omar, le seul Canadien détenu à la prison militaire américaine de Guantanamo Bay, à Cuba.

« Il est considéré comme une menace à la sécurité nationale et une récompense de 500 000 $ est offerte pour sa capture » peut-on lire sur cette note, sur laquelle est inscrite la mention "Top Secret". « Il est considéré comme un atout en matière de renseignements étant donné sa relation étroite avec Oussama Ben Laden et d'autres membres d'Al-Qaïda. »

Le quotidien Globe and Mail avait mis la main sur cette note lorsque la Couronne a déposé une série de documents devant le tribunal l'an dernier, mais ne l'a pas publiée. Le quotidien explique que les procureurs du gouvernement ont tenté de retirer la note en évoquant la Loi sur la preuve au Canada et qu'ils ont prévenu le quotidien qu'ils pourraient entamer des poursuites si elle était publiée.

Le quotidien a toutefois défendu son droit à publier l'information et, dans une décision de 47 pages rendue lundi, le juge Mosley lui a donné raison. Le magistrat a même confirmé que les éléments produits en cour permettent de conclure que la récompense a non seulement été offerte, mais bel et bien payée par les États-Unis.

« Le fait qu'un État étranger ait payé une récompense pour l'interpellation d'un citoyen canadien à l'étranger et que des responsables canadiens aient été mis promptement au courant est aussi un sujet d'intérêt légitime pour le public », écrit le juge Mosley.

Des aveux inadmissibles

Les avocats d'Abdullah Khadr jugent cette information cruciale puisqu'elle leur permettra d'argumenter que les soi-disant aveux effectués par leur client au Pakistan ont été arrachés sous la torture et qu'ils ne peuvent donc pas être utilisés contre lui.

« Le paiement de la récompense est une autre preuve de cette pratique notoire des États-Unis qui consiste à "sous-contracter" la torture », a expliqué au Globe and Mail l'un des avocats de Khadr, Nathan Whitling. « Au lieu de se salir les mains, les États-Unis ont tout simplement payé le régime [du président pakistanais Pervez] Moucharraf pour l'arrestation de M. Khadr, sachant très bien ce que le Pakistan lui ferait ».

Abdullah Khadr n'a jamais été accusé de quoi que ce soit au Canada. Abdhullah et son frère, Omar, emprisonné à la base américaine de Guantanamo, sont les fils d'Ahmed Said Khadr, un ami d'Oussama ben Laden. Ahmed Said Khadr a été tué par l'armée pakistanaise en 2003. Toute la famille avait quitté le Canada pour le Pakistan en 2001.

Le déshonneur du Canada

Le sénateur libéral Roméo Dallaire a profité de son passage devant le sous-comité parlementaire des droits internationaux de la personne pour réitérer son plaidoyer pour le rapatriement d'Omar Kadhr.

Le jeune homme, qui a maintenant 21 ans, est détenu depuis 2002 à Guantanamo. Il est accusé d'avoir causé la mort d'un soldat américain en Afghanistan, dans la foulée du renversement des talibans, et sera jugé cet été par un tribunal militaire.

Le général à la retraite refuse d'adhérer à la thèse américaine qui voit en Omar Kadhr un combattant étranger et soutien plutôt qu'il doit être considéré comme un enfant soldat, comme le veut la Charte des droits de l'enfant.

Roméo Dallaire juge que les États-Unis, en persistant à vouloir le juger comme un adulte, et le Canada, en ayant jusqu'ici refusé d'engager des procédures pour le rapatrier, au mépris des conventions internationales, s'abaissent au niveau de leurs adversaires.

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